Tous les articles par Helen

Intersection

Tu sais quoi ?

A partir d’aujourd’hui, 3 décembre, et deux jours durant, Vénus croisera la Lune
Et Vénus n’a pas été aussi lumineuse depuis 2013

Comme quoi, les chiffres, les dates, les planètes, la mythologie,
Tout ça, ces hasards, ces balancements, ces rendez-vous,
Tous manqués.

J’hésite : provoquant, insignifiant, troublant, cuisant ?

Allez, instaurons ce jour comme une intersection.
Attends, je te demande pas ton avis en fait, je l’instaure.
Voilà.
(And that’s my little girl blue)

The moon and you appear to be
So near and yet so far from me

I wonder if we’ll ever meet

I’m just the words, looking for the tune
Reaching for the moon and you

Crème glacée

T’aimes, quand ça te ravage ?
Fascinante, la lame qui te torture ?
Explique-moi : pourquoi tu perdures ?
Tu le sais, que cette crème est glacée
Elle ne s’en est pas cachée
Elle te l’a dit : tu n’as pas la clé
Tu ne l’auras jamais en crème brulée
Pourtant tu peux, te protéger…
T’en as une belle, d’armure !
Tu excelles dans la fuite, le sur-blindage
Alors quoi, c’est la douleur ?
T’en débordes déjà, t’es pas gavé ?
C’est la curiosité ?
Connaître ton point de rupture…
A chaque fois, tu veux quand même t’en approcher
C’est une crème, mais pour toi elle est glacée
Tu ne l’auras jamais en crème brulée
Pas de chaleur
Aucune douceur
Seul le poignard qui te massacre
Après quelques minutes volées
Tu te maudis, tu t’es berné
T’as beau le savoir, exténué
Tu préfères le simulacre
L’illusion…
D’une crème glacée

La surface de ma peau

Chronique d’un rendez-vous manqué

Je t’ai reconnue quand tu m’as à peine vu
Mon âme en frémit, j’en crève
De l’intérieur à la surface de ma peau
Si seulement la tienne s’éveillait, tu saurais
Le foutoir joyeux que ce serait
Tes yeux en pétilleraient, voraces
De cet heureux délice

Mais tu m’as à peine vu, quand je t’ai reconnue
Bien barricadée derrière ta vie ordonnée, ta rationalité
Tu anticipes, tu prévois, tu programmes
Terrifiée que tu es par l’imprévu, l’inconnu
La maîtrise te gouverne, sage automate
Ton corps entier est discipliné, ne se laisse jamais aller
Même en musique, les yeux fermés… on croit rêver !

Je t’ai reconnue quand tu m’as à peine vu
Aveuglée par ta raison, tu n’exprimes aucune émotion
Elles sont emprisonnées, bien à l’abri
Avec ton âme endormie
Elle, m’a senti
Elle, te pousse, mais tu ne comprends pas
Tu t’inventes des justifications

Car tu m’as à peine vu, quand je t’ai reconnue
Je patiente, je fulmine, me consume à petit feu
Puisque je sais
Le bonheur que ce serait
Pour nos âmes, nos corps, nos peaux
De se retrouver enfin
Après leurs errements éperdus

Je t’ai reconnue quand tu m’as à peine vu
Tu ne laisses aucune chance au hasard
Aucune place à ton instinct
Tu reste engoncée dans le corset
Que t’as tressé la société
Aucun écart à la norme n’est toléré
Certes, je suis spécial, incasable, un peu marginal

Quand oseras-tu me voir et toucher la surface de ma peau ?

Raconte-moi une histoire…

Dans la lignée du fameux « appel du 18 juin » de Framasoft, je fais partie de la « fédération » Mastodon. J’utilise 2 instances, celle de Framasoft et celle de la Quadrature du Net.

Ouh là, zavez rien compris ? Pas grave, j’ai prévu un billet pour expliquer tout ça plus en détails, même s’il y a déjà plein de ressources en ligne à ce propos.

Parmi les trucs bien sympa sur Mastodon, on trouve des événements récurrents, auxquels on peut participer, plus ou moins activement, selon l’envie.

Un des premiers auquel j’ai participé est le #MercrediFiction. Le principe ? Raconter une histoire, tous les mercredis, qui tienne dans un pouet, et qui est signalée avec ce hashtag.

J’y suis pas arrivée : j’ai pas pu raconter une seule histoire. Alors j’ai fait une série, en essayant que chaque mercredi la partie racontée soit une petite histoire dans l’histoire.

Je n’y ai plus participé depuis, mais je lis avec beaucoup de plaisir ce que les autres écrivent, il y a vraiment des perles, concentrées d’imagination !

Voilà l’histoire* que j’ai racontée, petit bout par petit bout :

Me voilà à nouveau dans cette grande ville. Je sens que je ne vais pas l’aimer. Sa gare est couleur triste, les gens ne sont pas avenants, comme les parisiens : des personnes pressées et toujours en colère, m’enfin ! Je traverse le centre commercial, un peu glauque, et je sors sur l’esplanade. Je lève les yeux : le toit de la sortie est très long, emblème des années soixante-dix, poussiéreux c’est peu de le dire, toujours couleur triste, comme la tour vers laquelle je me dirige.

J’ai mal à la tête, j’ai le nez pris et la gorge enrouée, je suis certaine d’avoir de la fièvre. Je me suis mise sur mon trente-et-un : pour une fois je ne suis pas en jeans, tee-shirt et gros pull. Je me suis même un peu maquillée mais pas trop parce que comme je n’ai pas l’habitude, si je me frotte les yeux ou que je me gratte les joues – tout ce que je fais quand je suis en train de parler – ce serait encore plus catastrophique que pas maquillée du tout.

Deux heures de trajet. J’ai relu tous les documents que j’ai emmenés avec moi, essayé de peaufiner mes connaissances sur l’entreprise, ses chiffres, son organisation, ses produits. Les lettres, les chiffres dansaient sous mes yeux et j’avais tellement mal à la tête que je n’ai rien retenu. Le premier entretien, la semaine dernière, s’est bien déroulé, j’ai eu l’impression de bien m’entendre avec la personne en face de moi. On aurait dit qu’on se reconnaissait un peu entre nous.

Qu’est-ce que je fais là, moi ? Mauvaises ondes. Va falloir traverser cet endroit tous les matins, si je suis embauchée ? Personnage de western, j’ai arpenté l’avenue d’une ville fantôme, où le sable tourbillonne et un danger menace à chaque coin de rue, pour enfin atteindre cette tour. Cette fois c’est un homme, je ne comprends pas toujours exactement où il veut en venir, avec ses périphrases pleines de métaphores : au bout du compte je ne sais plus trop de quoi il est question.

Je ne peux m’empêcher de lui trouver un air de Mr Bean. J’ai souvent envie de lui demander quelle était sa question, je réponds un peu sur le même mode et on dirait que ça fonctionne pas trop mal. Il m’embrume le cerveau, encore plus que la fièvre, j’ai du mal à le suivre. Je me dédouble et je regarde la scène, je me vois parler, discuter, sourire (un peu congestionnée), faire des moulinets avec mes mains, hausser les sourcils. Je semble avoir un dialogue constructif avec lui.

La fièvre monte encore, je vais finir par délirer, il faudrait que l’entretien se termine bientôt. Tout le monde est tellement ravi pour moi : tous me disent que que je vais y arriver, à les convaincre de me prendre dans leur équipe. C’est devenu un challenge : je dois réussir pour démontrer ma valeur, non plus pour obtenir cet emploi. Détestant l’échec, je mets tout en œuvre pour gagner le trophée. Question d’honneur : inconcevable de revenir avec une mauvaise nouvelle.

J’ose pas leur dire, aux enthousiastes : je suis en panique interne. Je vais devoir me déplacer en permanence en France, en Europe, voire même plus loin, et ça ne choque personne… Je n’ai jamais pris ni taxi ni avion de ma vie, faire ma valise me demande trois jours d’anticipation et je conduis très peu (et très mal). Là, je vais habiter une ville qui ne me plaît pas, traverser un désert de western pour aller bosser, prendre l’avion, le train, des voitures inconnues !

Je suis en nage, je délire et apparemment je lui conviens. Je vais pouvoir brandir mon contrat à durée indéterminé devant l’équipe d’euphoriques… Le « précieux » , la cible ultime, le sésame pour une existence sociale… J’ai triomphé de Mister Bean ! Un succès !… Vraiment ? Alors pourquoi j’étouffe en dedans ?
Épilogue
« On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin. »
(Johann Wolfgang von Goethe)

*Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Bleu acier

Bleu acier

Sa glace éteint la braise qu’il a pourtant fait naître
Implacable, il paralyse jusqu’aux tréfonds
Ce bleu acier si profond
L’âme brûlée tente de disparaître
Délaissant l’espoir, gardant le tourment
Une folie bien vite enfouie
Au dépourvu parfois elle resurgit
Chassée bientôt par l’éclair foudroyant
Du fer azur
Qui l’envoûte, qu’elle endure

Dans une oscillation infinie…

Bibliothèque du siècle dernier… Encore quelques perles

Allez, je reprends la rubrique de la bibliothèque du siècle dernier

Le Savoir-Vivre et les Usages du Monde par Berthe Bernage, 1928
Le Savoir-Vivre et les Usages du Monde

La vie d’affaires – Pour les femmes

On commence avec une petite claque pour ces dames :

« État d’esprit.La femme qui a un métier d’homme doit adopter dans une certaine mesure l’état d’esprit des hommes. Elle doit travailler avec exactitude, sérieux et méthode. »

Sont trop forts les hommes, franchement… bravo !

« Attitude envers les chefs. – Qui a droit au respect, la femme employée ou ses chefs ? Ceux-ci, comme chefs, ont droit à la déférence, à la docilité. Celle-là, comme femme, a toujours droit qu’on la traite avec courtoisie. »

Chefs versus Femme… Voilà, voilà… Sur le même plan.

Allez, un petit dernier pour terminer dans la bonne humeur :

« La femme qui travaille doit maîtriser sa susceptibilité, s’attendre à recevoir des ordres et être décidée à les suivre ponctuellement. »

Ah la la, ces hystériques, je te jure… Sont susceptibles en plus 😉

Extrait de Le Savoir-Vivre et les Usages du Monde par Berthe Bernage, 1928.

Bonne journée !