Raconte-moi une histoire…

Dans la lignée du fameux « appel du 18 juin » de Framasoft, je fais partie de la « fédération » Mastodon. J’utilise 2 instances, celle de Framasoft et celle de la Quadrature du Net.

Ouh là, zavez rien compris ? Pas grave, j’ai prévu un billet pour expliquer tout ça plus en détails, même s’il y a déjà plein de ressources en ligne à ce propos.

Parmi les trucs bien sympa sur Mastodon, on trouve des événements récurrents, auxquels on peut participer, plus ou moins activement, selon l’envie.

Un des premiers auquel j’ai participé est le #MercrediFiction. Le principe ? Raconter une histoire, tous les mercredis, qui tienne dans un pouet, et qui est signalée avec ce hashtag.

J’y suis pas arrivée : j’ai pas pu raconter une seule histoire. Alors j’ai fait une série, en essayant que chaque mercredi la partie racontée soit une petite histoire dans l’histoire.

Je n’y ai plus participé depuis, mais je lis avec beaucoup de plaisir ce que les autres écrivent, il y a vraiment des perles, concentrées d’imagination !

Voilà l’histoire* que j’ai racontée, petit bout par petit bout :

Me voilà à nouveau dans cette grande ville. Je sens que je ne vais pas l’aimer. Sa gare est couleur triste, les gens ne sont pas avenants, comme les parisiens : des personnes pressées et toujours en colère, m’enfin ! Je traverse le centre commercial, un peu glauque, et je sors sur l’esplanade. Je lève les yeux : le toit de la sortie est très long, emblème des années soixante-dix, poussiéreux c’est peu de le dire, toujours couleur triste, comme la tour vers laquelle je me dirige.

J’ai mal à la tête, j’ai le nez pris et la gorge enrouée, je suis certaine d’avoir de la fièvre. Je me suis mise sur mon trente-et-un : pour une fois je ne suis pas en jeans, tee-shirt et gros pull. Je me suis même un peu maquillée mais pas trop parce que comme je n’ai pas l’habitude, si je me frotte les yeux ou que je me gratte les joues – tout ce que je fais quand je suis en train de parler – ce serait encore plus catastrophique que pas maquillée du tout.

Deux heures de trajet. J’ai relu tous les documents que j’ai emmenés avec moi, essayé de peaufiner mes connaissances sur l’entreprise, ses chiffres, son organisation, ses produits. Les lettres, les chiffres dansaient sous mes yeux et j’avais tellement mal à la tête que je n’ai rien retenu. Le premier entretien, la semaine dernière, s’est bien déroulé, j’ai eu l’impression de bien m’entendre avec la personne en face de moi. On aurait dit qu’on se reconnaissait un peu entre nous.

Qu’est-ce que je fais là, moi ? Mauvaises ondes. Va falloir traverser cet endroit tous les matins, si je suis embauchée ? Personnage de western, j’ai arpenté l’avenue d’une ville fantôme, où le sable tourbillonne et un danger menace à chaque coin de rue, pour enfin atteindre cette tour. Cette fois c’est un homme, je ne comprends pas toujours exactement où il veut en venir, avec ses périphrases pleines de métaphores : au bout du compte je ne sais plus trop de quoi il est question.

Je ne peux m’empêcher de lui trouver un air de Mr Bean. J’ai souvent envie de lui demander quelle était sa question, je réponds un peu sur le même mode et on dirait que ça fonctionne pas trop mal. Il m’embrume le cerveau, encore plus que la fièvre, j’ai du mal à le suivre. Je me dédouble et je regarde la scène, je me vois parler, discuter, sourire (un peu congestionnée), faire des moulinets avec mes mains, hausser les sourcils. Je semble avoir un dialogue constructif avec lui.

La fièvre monte encore, je vais finir par délirer, il faudrait que l’entretien se termine bientôt. Tout le monde est tellement ravi pour moi : tous me disent que que je vais y arriver, à les convaincre de me prendre dans leur équipe. C’est devenu un challenge : je dois réussir pour démontrer ma valeur, non plus pour obtenir cet emploi. Détestant l’échec, je mets tout en œuvre pour gagner le trophée. Question d’honneur : inconcevable de revenir avec une mauvaise nouvelle.

J’ose pas leur dire, aux enthousiastes : je suis en panique interne. Je vais devoir me déplacer en permanence en France, en Europe, voire même plus loin, et ça ne choque personne… Je n’ai jamais pris ni taxi ni avion de ma vie, faire ma valise me demande trois jours d’anticipation et je conduis très peu (et très mal). Là, je vais habiter une ville qui ne me plaît pas, traverser un désert de western pour aller bosser, prendre l’avion, le train, des voitures inconnues !

Je suis en nage, je délire et apparemment je lui conviens. Je vais pouvoir brandir mon contrat à durée indéterminé devant l’équipe d’euphoriques… Le « précieux » , la cible ultime, le sésame pour une existence sociale… J’ai triomphé de Mister Bean ! Un succès !… Vraiment ? Alors pourquoi j’étouffe en dedans ?
Épilogue
« On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin. »
(Johann Wolfgang von Goethe)

*Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

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